Cueillir des Cupidons

Aujourd’hui pour la première fois j’ai ramassé des haricots. 

Variété Cupidon car, de par sa forme courbée, il rappelle l’arc de Cupidon.

J’aurais attendu pour ça pas moins de 39 ans. 39 années pendant lesquelles je ne me suis que peu intéressée à la provenance de ma nourriture, ou tout autre chose ingurgitée plus ou moins goulument. Je suis en effet issue d’une génération d’enfants élevés par des parents jouissant des années de plein emploi, de progrès en tout genre et dans tous les domaines, leur permettant d’élever des enfants – 4 en l’occurrence – plus facilement. Du petit déjeuner à base de céréales, en passant par les caisses des supermarchés adaptées pour le rangement presque-automatique par les caissières de nos emplettes dans des milliers de sacs plastiques (vous vous en souvenez ?) jusqu’aux lingettes désinfectantes multi-surfaces jetables. Pire, je suis allée en pension de 11 ans à 19 ans, 8 années durant lesquelles on fit pour moi la cuisine, le ménage et ce qu’ils appelaient « l’éducation ». En sortant de là, j’étais complètement perdue ! Education, vous avez dit ? !

Aussi je ne m’interrogeais que très tard sur la provenance des aliments composant mes assiettes. (Imaginez-vous qu’il fallait que je découvre sur la même période le fonctionnement des garçons dont je fus également privé de présence très jeune, sujet ô combien plus vaste et intéressant ).

Ramasser des haricots c’est difficile, vous pouvez me croire. Physiquement mais aussi psychologiquement. Déjà on commence très tôt, aux alentours de 6h30/7h pour éviter les chaleurs du mois d’août. Ensuite on enjambe une parcelle de haricots qui s’étend devant soi à perte de vue (ça c’est pour le côté psychologique !) et on se penche sur ladite parcelle pour les ramasser. Très rapidement les douleurs dans le dos et les jambes se manifestent. Le sang afflue dans la tête et apporte cette sensation de légère euphorie. Il faut être délicat, également, pour ne pas risquer de les abimer.

Croyez-moi si vous le voulez, jusqu’à aujourd’hui je ne savais pas quand ni comment poussaient les haricots ni même comment on les ramassait.

Je trouve ce paradoxe énorme entre une vie qu’on souhaite pleine de sens, où on passe des heures, des mois voire des années à chercher qui l’on est et de ne pas savoir ce qui compose la nature même de ce qui fait ce que nous sommes et de ce qui nous construit ! Le monde prône aujourd’hui un retour aux choses simples dans lequel les activités de jardinage apparaissent comme une nouvelle méthode de méditation et de reconnexion à soi.

Je suis moi-même dans une quête de retour aux sources après ces années de consommation aveugle, de maux de ventre intenses et de solutions de médication approximatives et inefficaces. Pour ça, je me suis mise au Yoga, j’ai testé la sophrologie, vu des psys, … je suis même partie il y a un an de ça en Inde à Goa (Ca fera l’objet d’un autre récit) et j’en passe !

Aujourd’hui il m’est apparu bien plus efficace de ramasser des haricots. Une révélation ! Cette démarche permet de se reconnecter à la terre, à la base de notre alimentation, à nos racines profondes en quelques sortes. Mieux, cela permet au même titre que le yoga de faire le lien entre le corps et l’esprit.

Alors si vous êtes dans cette quête de nature, aussi bien extérieure qu’intérieure, je vous souhaite de ramasser beaucoup de haricots. Qui sait ? Peut-être serez-vous touchés par la grâce d’un Ange munit de son arc vert et de ses flèches d’Amour…

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